Par Sabine Prokhoris
16 octobre 2026
Il y a six ans et demi (le 8 mars 2020), paraissait dans Le Monde une tribune de « 114 sopranos du barreau » intitulée : « Une inquiétante présomption de culpabilité s’invite trop souvent en matière d’infractions sexuelles »1.
Les signataires, toutes avocates pénalistes, y mettaient en garde l’opinion – et la classe politique – contre la mise à mal du principe de la présomption d’innocence, de la prescription, principes fondamentaux de la procédure pénale. Elles rappelaient notamment « qu’aucune accusation n’est jamais la preuve de rien », prenant ainsi à revers le slogan princeps de la mécanique #MeToo et #Balancetonporc – « Victime, on vous croit ! » –, enclenchée depuis le mois d’octobre 2017. Mécanique réactivée en France à partir de novembre 2019 par les accusations portées sur Mediapart par l’actrice Adèle Haenel contre le réalisateur Christophe Ruggia, qui l’avait fait tourner dans son film Les Diables lorsqu’elle était adolescente. Dans la foulée, le réalisateur Roman Polanski, dont sortait au même moment le film J’accuse, se voyait soudainement accusé de viol par la photographe Valentine Monnier, se répandant alors opportunément dans la presse2 – adoubée par Adèle Haenel elle-même.
Elles y dénonçaient également les lynchages médiatiques que l’on voyait de plus en plus tenir lieu tout à la fois de « procès » et d’exécution publique.
Où en sommes-nous aujourd’hui ?
Neuf ans après les hashtags #MeToo et #Balancetonporc, et six ans et demi après cette tribune, le clinamen a voulu rencontrer quelques avocates pénalistes qui défendent régulièrement des mis en cause dans des affaires d’infractions sexuelles, parfois dans des dossiers au grand retentissement médiatique, mais également dans d’autres, qui impliquent des personnes parfaitement inconnues du grand public.
Où en sommes-nous aujourd’hui ? Comment parviennent-elles à défendre, étant donné l’impact sociétal considérable de la doxa issue de #MeToo, constamment entretenue dans les médias ?
Aux quatre avocates – Maîtres Marie Burguburu, Fanny Colin, Delphine Meillet, Sophie Obadia – qui ont bien voulu accepter cette invitation, le clinamen a soumis quelques pistes de réflexion. Chacune, au cours de l’entretien, a pu développer sa réflexion, en partageant son expérience. Quatre tempéraments, quatre visions qui sur l’essentiel se rejoignent, tout en marquant certaines nuances. Quatre rencontres passionnantes dont le clinamen remercie vivement les unes et les autres. Quatre réflexions éminemment utiles pour tous, car elles font prendre très concrètement la mesure de la complexité du réel contemporain en cette matière.
Ces entretiens paraîtront au rythme d’un par semaine, dans l’ordre alphabétique.
Sabine Prokhoris est psychanalyste et philosophe. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont récemment Le Mirage #MeToo, Le Cherche Midi, 2021); Les Habits neufs du féminisme, Editions Intervalles, 2023 ; Qui a peur de Roman Polanski ?, Le Cherche Midi, 2024. Elle dirige la revue le clinamen.
[2] Pour une analyse détaillée de cette séquence et de sa fonction stratégique dans le #MeToo du cinéma français », voir S. Prokhoris, Le Mirage #MeToo, Paris, Le Cherche Midi, 2021.
- https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/08/justice-aucune-accusation-n-est-jamais-la-preuve-de-rien-il-suffirait-sinon-d-assener-sa-seule-verite-pour-prouver-et-condamner_6032223_3232.html ↩︎
- Pour une analyse détaillée de cette séquence et de sa fonction stratégique dans le #MeToo du cinéma français », voir S. Prokhoris, Le Mirage #MeToo, Paris, Le Cherche Midi, 2021. ↩︎
