Navi Pillay : le déshonneur du Prix Nobel de la paix

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Par Renée Fregosi

10 octobre 2026

Le vendredi 9 octobre dernier, la juriste sud-africaine Navanethem (Navi) Pillay a reçu le prix Nobel de la paix. Le comité Nobel à Oslo, aurait ainsi salué « la championne du droit international ». Cette nomination insulte Israël, marque une nouvelle victoire du Sud global et déshonore le Nobel, comme le souligne dans un article remarquable Elisha Wiesel1, le fils d’Élie Wiesel qui reçut ce même prix en 1986. Quatre décennies plus tard, le monde a en effet basculé comme soumis à une inversion des pôles magnétiques.

L’avocate sud-africaine Navi Pillay est connue de longue date pour son parti pris à l’égard d’Israël, ayant convoqué la conférence de Durban II de 2009 (boycottée par la plupart des démocraties à cause de sa tonalité antisémite) qui a notamment accordé cette année-là, au Président iranien Mahmoud Ahmadinejad une tribune de choix. Et elle s’est particulièrement illustrée à la tête de « l’United Nations Commission of on the Israeli-Palestinian Conflict », la commission de l’ONU souvent appelée « Commission Pillay ».

Bien que « la Palestine » ne soit pas un pays-membre de l’ONU à part entière (les États-Unis bloquant cette reconnaissance), « la délégation palestinienne » y agit et est entendue comme telle, et depuis septembre 2024, elle siège désormais dans l’ordre alphabétique des États-membres, sous l’appellation « State of Palestine. Aussi, en mai 2021, à la demande de la délégation palestinienne et du Pakistan au nom de l’Organisation de la Coopération Islamique, le Conseil des droits de l’homme a-t-il adopté une résolution intitulée « Assurer le respect du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et en Israël » et a décidé « d’urgence la création d’une commission d’enquête internationale indépendante ». 

Cette commission, créée à l’origine pour un temps limité, est désormais permanente. Exclusivement chargée de traquer les manquements réels ou supposés de l’État hébreu aux droits de l’Homme, elle n’enquête nullement en revanche sur les atteintes aux droits de l’Homme perpétrées par les mouvements palestiniens, des tortures pratiquées dans les geôles de Ramallah sous « l’Autorité » du Fatah (comme a pu en subir par exemple le jeune Walleed Al-Husseini pour avoir osé s’affirmer athée) aux persécutions du Hamas contre ses opposants Gazaouis et a fortiori les massacres perpétrés le 7 octobre 2023.

Il est vrai que la Commission Pillay est loin d’être la seule instance onusienne à manifester son hostilité à l’égard d’Israël. Les différentes agences de l’ONU et tout particulièrement la Commission des ONG et l’UNESCO sont devenues depuis les années 2000, des tribunes privilégiées de « l’antisionisme ». Le nombre de résolutions contre Israël surpasse ainsi de loin celui concernant chacun des autres pays et est même supérieur au total de toutes les autres condamnations. Selon l’ONG UN Watch, entre 2015 et 2023, l’Assemblée générale a voté 155 résolutions contre Israël tandis que la Chine, Cuba, le Venezuela ou le Zimbabwe par exemple n’en recevaient aucune et que l’Iran était condamné 8 fois, la Russie 24 et les États-Unis 10 fois. Pendant la même période, l’OMS a condamné 10 fois Israël et aucune fois les autres pays. Enfin, entre 2006 et 2023, le conseil des droits de l’Homme quant à lui, a condamné 108 fois Israël, contre 17 fois la Corée du Nord par exemple, et toujours aucune fois la Chine, de même qu’étaient totalement épargnés le Qatar, le Pakistan ou l’Arabie Saoudite. Et l’OMS n’est pas en reste non plus : chaque année, l’OMS consacre un point de son ordre du jour à la situation sanitaire dans les territoires palestiniens autonomes. Israël est le seul pays à se voir ainsi cloué au pilori, au motif que les habitants des régions palestiniennes disposeraient d’une mauvaise couverture médicale.

L’influence propalestiniste au sein de l’ONU avait connu sa consécration à ladite « Conférence de Durban contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance » en 2001, qui sous couvert de dénonciation du « racisme, de la discrimination raciale, de la xénophobie et de l’intolérance », a donné libre cours à l’antisémitisme et à la haine d’Israël. Lors des séances plénières gouvernementales de la rencontre, les attaques contre Israël se sont multipliées, Yasser Arafat n’hésitant pas à parler « d’apartheid », « d’épuration ethnique » et même de « génocide ». On a vu alors se dessiner des divergences d’attitude parmi les Occidentaux, tandis que les pays musulmans faisaient bloc, suivis plus ou moins passivement par une majorité de « pays du sud ». Et lors du Forum des ONG (plus de 6000), l’antisémitisme s’est déchaîné : des slogans « Mort à Israël » et « Mort aux Juifs » ont été scandés et des agressions ont été commises sur des Juifs et des soutiens d’Israël : insultes, coups, bousculades, menaces. 

Ces manifestations dans le cadre onusien ont leurs racines dans un terreau bien plus ancien. Ainsi, créée en 1949, l’UNRWA devait être une solution temporaire comme tout dispositif d’aide à des réfugiés. Mais sous la pression des pays arabes refusant à la fois d’intégrer les Arabes de Palestine et de permettre la création d’un État palestinien, l’UNRWA a été pérennisée en agence permanente, devenant le seul organisme consacré exclusivement à une population spécifique de réfugiés (tous les autres à travers le monde étant gérés par le seul HCR et pour un temps limité), et accordant exceptionnellement le statut de réfugié à tous les descendants des déplacés originels. Aujourd’hui, l’UNRWA est de loin la plus grande agence des Nations unies, avec un personnel de près de 27 000 personnes, dont 99 % sont des descendants des réfugiés palestiniens de la guerre de 1948 ou de celle de 1967, recrutés localement et œuvrant comme enseignants, médecins, pharmaciens, infirmiers, aides-soignants, travailleurs sociaux et personnels administratifs et techniques de soutien.

Après le 7 octobre, la mise en évidence de la collusion de l’UNRWA avec le Hamas (manuels scolaires anti-Juifs et propagande pour la destruction d’Israël, accueil des entrées de tunnels et recel d’armements dans les locaux, participation active de personnels dans les massacres) aurait dû permettre de poser enfin la question du statut des « réfugiés palestiniens » et de leur avenir. Mais les interrogations et les doutes sur le bien fondé de l’UNRWA et ses agissements contre Israël ont été éphémères. Dès le mois de mars 2024, la France reprenait imperturbablement son financement à l’agence à hauteur de 30 millions d’euros pour la première tranche. Et lorsque le 29 octobre 2024, le Parlement israélien vota à une très large majorité une loi interdisant les activités de l’UNRWA dans le pays, ce fut un tollé international sans plus faire cas de la complicité de crime contre l’humanité dont s’est probablement rendue coupable l’agence onusienne.  

En revanche, c’est Israël qui fait l’objet de plaintes pour « génocide à Gaza ». Fin décembre 2023, Francesca Albanese, rapporteur spécial des Nations unies pour « les territoires palestiniens occupés », estimait que « à Gaza, le risque de génocide se matérialise de plus en plus », et, l’Afrique du Sud portait une requête auprès de la Cour internationale de justice accusant Israël de se livrer à des « actes de génocide contre le peuple palestinien à Gaza ». Les représentants sud-africains expliquaient que le Hamas n’étant pas un État et ne pouvant donc pas entamer des procédures devant la Cour internationale de justice, il était du « devoir » de l’Afrique du Sud de porter la situation à Gaza devant la Cour.

Car l’Afrique du Sud, s’appuyant sur son expérience de l’apartheid, s’estime légitime à dénoncer les supposées ségrégations et oppressions des Palestiniens exercées par Israël. Cet apartheid irait même jusqu’au génocide, les Juifs étant désormais assimilés aux « dominants blancs » et à leur « privilège ». La posture « humanitaire » est pour l’ANC au pouvoir une façon de rester fidèle à son histoire en soutenant des « dominés » et de complaire à une minorité musulmane électoralement précieuse. Participant par ailleurs aux BRICS dont elle est membre fondateur en 2011, aux côtés du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine, l’Afrique du Sud se positionne ainsi comme un leader du Sud global.

Projet stratégique et arme idéologique néo-tiersmondiste lancée contre le monde occidental démocratique, le Sud global bénéficie de solides appuis en Occident. Comme hier le marxiste bourgeois rachetait sa faute d’appartenance sociale honnie en allant convertir les masses prolétariennes jusqu’à « l’établi » des usines, puis l’intellectuel tiers-mondiste partait expier son appartenance à l’Europe coloniale dans des missions d’aide au développement, l’islamo-gauchiste et le militant woke d’aujourd’hui se flagellent dans une haine de soi qui confine au masochisme. Cinquième colonne du Sud global, idiots utiles, complices, et lâches, complaisants ou résignés, nombre d’Occidentaux participent de l’inversion du rapport de force mondial en faveur du Sud global et à la subversion des fondamentaux humanistes et démocratiques. Ainsi, jusqu’au Comité du Nobel, la repentance et la déférence au Sud global antisémite est à l’œuvre. L’attribution du Prix Nobel de la Paix 2026 à la Sud-Africaine Navi Pillay, n’en est qu’une nouvelle illustration déplorable.

Renée Fregosi. Philosophe et politologue. Présidente du CECIEC. Dernier ouvrage paru : Le Sud global à la dérive. Entre décolonialisme et antisémitisme. Éditions Intervalles 2025

  1. https://www.thefp.com/p/elie-wiesel-death-nobel-peace-prize-israel?utm_campaign=email-post&r=fy1ki&utm_source=substack&utm_medium=email ↩︎

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