PARCE QUE
Le pari d’un écart.
Petit, mais – pourquoi pas ? –, imprévisiblement décisif.
Citons Lucrèce, puisque ce blog lui doit son nom :
Ne vois-tu pas, dès lors,
Qu’ont beau être nombreux ceux qu’une force pousse
Depuis l’extérieur et force à avancer
Souvent contre leur gré, tout à coup entraînés
la tête la première, il y a, néanmoins,
dedans notre poitrine, un certain quelque chose
qui peut lutter là contre et peut s’y opposer ?
(Lucèce, De la nature des choses, trad. Bernard Pautrat).
Ce « certain quelque chose », c’est le « clinamen » : l’aléatoire « petite déviation », à la faveur de laquelle pourraient se voir « brisés les décrets du destin ».
La décision de faire droit à des voix qui refusent de se laisser asservir – et censurer – par la tonitruante confusion de l’époque, cache-misère d’une vacuité où résonne, à peine assourdi, l’écho d’un « Vive la mort ! À bas l’intelligence ! » de sinistre mémoire.
Le plaisir enfin, infiniment précieux, et à jamais inaliénable, de réfléchir, de dire, d’écrire en esprits libres. À la rencontre d’autres esprits libres.
